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Les futurs enseignants doivent être formés à l’enseignement des questions environnementales

Tribune publiée sur Médiapart le vendredi 10 avril 2026.

Former les étudiants, citoyens en devenir, aux enjeux socio-écologiques est fondamental. La survie de notre biosphère et donc de l’humanité en dépend. Suivant en cela les recommandations du rapport Jouzel-Abbadie, le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Espace (MESRE) a pour ambition d’intégrer l’enseignement de la Transition Écologique pour un Développement Soutenable (TEDS) dans la formation de tous les étudiants de premier cycle universitaire. Dans sa note de cadrage de juin 2023, le MESRE préconise « un enseignement d’au moins 30 heures de cours (…) qui seront définies par les établissements ». Les conclusions du rapport Jouzel-Abbadie ne concernent pas uniquement la formation des étudiants du premier cycle universitaire. En effet, il stipule également que « les futurs enseignants du primaire et du secondaire occupent une position clé dans la perception, par la société française, de la nécessité et des enjeux de la Transition écologique ». L’éducation à ces enjeux est une obligation institutionnelle, traversant les programmes du primaire et du secondaire via l’éducation au développement durable (EDD). Pour ces raisons, la formation initiale des futurs enseignants est un levier important par leur rôle central dans la formation des futurs citoyens. 

Entre 2022 et 2025, la formation initiale des enseignants s’est faite au sein des masters MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) portés par les INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Éducation). Le rapport Jouzel-Abbadie recommande de proposer aux étudiants de ces masters des pratiques pédagogiques concernant la transition écologique dans le grand bloc « savoirs fondamentaux ». La formation initiale des enseignants concerne tout autant le Ministère de l’Éducation Nationale (MEN) que le MESRE. Pourtant, à ce jour, aucun des deux ministères n’a jugé utile de proposer un cadrage national sur un enseignement spécifique de la TEDS pour les futurs enseignants.

À partir de la rentrée 2026, les masters Enseignement et Éducation (M2E) remplaceront les masters MEEF. Ces nouveaux masters sont en cours d’élaboration par les INSPE sur la base d’un cadrage ministériel très contraint. L’heure étant à la réforme, l’occasion semblait toute choisie pour amorcer un virage au profit de la TEDS. Or, cet enseignement est bien loin d’avoir la place qu’il mérite. Il ne représente, dans le cadrage des maquettes du master M2E qu’un point parmi de nombreux autres.  Il n’a qu’une place restreinte dans le bloc 2 de la maquette :  « Adapter sa pratique professionnelle à la diversité des élèves et au contexte d’exercice pour viser la réussite de tous les élèves dans un climat scolaire de qualité ». Réduits à peau de chagrin, ces contenus TEDS ne sont pas reliés à un module obligatoire, ni à un volume horaire minimal dédié. Pourtant, les futurs enseignants, quelle que soit leur discipline, devront « intégrer les enjeux de la TEDS dans leurs enseignements et contribuer à l’éducation au développement durable des élèves ». Comment y parvenir sans formation solide et éviter le greenwashing ?

Le temps consacré à la TEDS est, quand il existe, très anecdotique. En tant qu’enseignants, formateurs et citoyens éclairés sur ces questions, il nous semble au contraire qu’il devrait être transversal et présent dans l’entièreté de la formation. C’est en effet la seule modalité qui permette une bonne appropriation de ce sujet par les futurs enseignants. En effet, l’enseignement de la TEDS, progressivement mis en place en premier cycle universitaire, ne saurait à lui seul suffire à former ceux qui accompagneront la jeunesse de notre pays face aux enjeux socio-écologiques. Les défis systémiques rencontrés par les enseignants sont trop grands pour ne pas les y former spécifiquement.

Sans une inflexion très prochaine du cadrage national, les masters M2E n’auraient donc pas pour obligation de proposer un enseignement de la TEDS (adapté aux futurs enseignants). Un rendez-vous raté dommageable à l’heure où le besoin en citoyens formés et conscients de l’urgence est une condition sine qua non de la réponse aux polycrises que nous traversons. Comment se résoudre à la perte d’une telle opportunité alors que les INSPE disposent de l’expertise nécessaire sur ces thématiques et de personnels motivés pour s’en saisir ?

Nous appelons les deux Ministères de tutelle de la formation initiale des enseignants, le ministère de l’éducation nationale et le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’Espace, à donner la place qu’elle mérite à la formation à la transition écologique et au développement soutenable, dans le cadrage des futurs masters Enseignement et Éducation.

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